CONCERTATION ENTRE L’EXÉCUTIF ET LES PARTENAIRES SOCIAUX: Les organisations patronales posent leurs conditions

L’Exécutif veut ainsi ouvrir une fenêtre de dialogue. Il est, cependant, important d’entendre, dans le carré des acteurs économiques, ce qu’en pensent les organisations patronales et autres représentants de l’économie privée. Slim Othmani, président du conseil d’administration de NCA Rouiba, un des leaders du jus de fruits, s’exprimant au nom de think tank Care (Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise), souligne que “le Care a toujours été favorable au dialogue et que notre position n’a aucune motivation partisane ou politique”.

Il ajoute que “nous sommes disposés à discuter avec le gouvernement des problèmes économiques”. “Mais qu’il faut, poursuit-il, de l’action et des changements, car il y a des problèmes urgents à résoudre.” Slim Othmani relève à ce sujet qu’il existe “des entreprises en faillite qui doivent être placées sous la protection de l’État. Et que cela leur permettra de pouvoir mieux se réorganiser”.

Il recommande, par ailleurs, “d’amorcer une relance plus forte de l’économie algérienne, de mettre de la cohérence dans le système fiscal, de restaurer la confiance, d’instaurer la transparence et de garantir une réglementation appropriée et cohérente générant un environnement favorable au développement économique”. Mouloud Kheloufi, président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (Agea), affirme, lui, que “nous devons arrêter l’hémorragie maintenant dans le Btph”, un secteur qui vit, rapporte-t-il, de “graves difficultés”. Et d’indiquer : “Près de 200 000 emplois y ont été détruits, ces dix derniers mois ; 3 000 entreprises ont mis la clé sous le paillasson, à savoir cessé leurs activités, et beaucoup d’autres sont à l’arrêt faute d’un plan de charge.” Mouloud Kheloufi affirme que “toute concertation en faveur d’une meilleure gestion du secteur est la bienvenue”.

Quant à Mohamed Sami Agli, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), il s’est dit “content qu’on instaure le dialogue”, soulignant que la “concertation est quelque chose auquel nous avons toujours appelé”. “Nous étions frustrés, rappelle-t-il, de ne pas avoir été informés, ni concertés” sur des lois déjà adoptées.

À travers ce dialogue, poursuit-il, “le Premier ministre enverrait un signal très fort en direction de la communauté des affaires”.  “Cela, note-t-il, est rassurant.” Sami Agli souligne, par ailleurs, qu’il est essentiel de prendre des “mesures d’urgence en vue d’accompagner des entreprises en difficulté, notamment dans le BTPH et les services”. Saïda Neghza, présidente de la Confédération générale des entreprises algériennes (Cgea), se déclare également “favorable” à l’établissement et à la promotion d’un dialogue constructif avec les acteurs économiques.

Elle rappelle que “la Cgea et ses adhérents ont longtemps souffert d’une marginalisation orchestrée par l’ancienne équipe dirigeante, en dehors de toute règle économique, si ce ne sont le clientélisme, le népotisme et le favoritisme”. Elle explique qu’à “la Confédération générale des entreprises algériennes, nous escomptons pouvoir participer activement à la relance de la machine économique du pays, en mettant à la disposition des différents départements ministériels concernés notre déploiement à l’intérieur et à l’extérieur du pays, pour capter le maximum d’IDE, et lancer des projets de partenariats gagnant-gagnant, avec l’apport de la technicité, du savoir-faire et de l’expertise des pays développés, au bénéfice de la création de richesse et de l’emploi au profit de nos jeunes”. 

Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs, nous déclare, lui, qu’évidemment, l’association qu’il dirige “ne peut être que favorable au dialogue à condition que celui-ci soit transparent, serein et efficace, en vue de régler les problèmes auxquels nous faisons face”. Et des problèmes, Nasri en évoque une kyrielle dans le secteur du commerce extérieur, souhaitant que le gouvernement travaille à “la mise en œuvre de mesures concrètes, afin que les opérations d’exportation se fassent dans des conditions optimales”. “Ce que nous proposons, dit-il, c’est de transformer le dialogue en actions.”

Youcef Salami

Liberté le 08-01-2020