SAÏDA NEGHZA, PRÉSIDENTE DE LA CGEA, À L’EXPRESSION "L’Etat doit recentrer sa politique économique"
Le: lundi 6 juin 2016 | 223 Lectures

Au retour d’une périple qui l’a conduite dans plusieurs wilayas du pays, la présidente de la Cgea nous a accordé cet entretien dans lequel elle revient sur les différents chantiers qu’elle a lancés et dont la visée est, dit-elle, « la dynamisation de l’économie algérienne ».

L’Expression : Vous occupez le terrain depuis votre élection à la tête de la Cgea, notamment dans les wilayas du Sud et les Hauts-Plateaux. Pourquoi vous intéressez-vous à ces régions particulièrement ?
Saïda Neghza : Dubaï, une grande métropole internationale, était, il y a quelques années, un désert. Avec quelques centaines de milliards, on l’a fait sortir des sables. Pourquoi pas la même chose chez nous ? Ceci est possible, notamment en investissant dans le tourisme. Néanmoins, l’Etat est complètement absent et n’a aucune politique à l’endroit de cette région. Même quand des investisseurs privés prennent l’initiative de s’y installer, ils ne sont nullement aidés. Parfois, ils sont même bloqués, notamment dans la wilaya de Tamanrasset où, par exemple, l’accès au foncier est presque impossible. En termes de potentialités, le Sud est très riche. Il peut être une destination touristique mondiale, pourvu que des investissements à la hauteur de cette ambition s’y fassent. Néanmoins, l’Algérie n’a pas une grande expérience en la matière, d’où l’intérêt d’oeuvrer à attirer des investisseurs étrangers qui ont un savoir faire. Il convient, à cet effet, de mettre en place des mesures incitatives, y compris de réviser la règle des 51/49% au profit des investisseurs étrangers désireux de s’installer dans le Sud et les Haut-Plateaux. Développer le tourisme, c’est donner aux Algériens l’opportunité de voir autre chose que la monotonie d’un pays déserté par les étrangers et leur permettre de vivre. Développer le Sud, c’est permettre à l’Algérie de trouver un équilibre démographique et de poursuivre son processus de développement dans l’harmonie.

Quel est votre agenda au plan national pour les mois à venir ? Prévoyez-vous une action particulière ?
La Cgea est présente, à présent, dans 42 wilayas. Nous allons procéder à l’installation d’autres bureaux pour atteindre les 48 wilayas. Toutefois, l’objectif n’est pas d’avoir une présence formelle partout, mais de sensibiliser les chefs d’entreprises à développer leurs investissements et d’insuffler une dynamique entrepreunariale dans toutes les régions. Il est vital d’encourager les Algériens à investir dans l’agriculture, le tourisme et l’industrie. Il n’est plus possible qu’on imagine notre avenir dans le secteur des hydrocarbures.

Vous avez accompli un périple international qui vous a conduite en Tunisie, en Egypte, au Kenya, en Suisse, en Italie et aux USA. Cette « diplomatie économique » que vous menez dans quelle optique s’inscrit-elle ?
Les visites de travail que j’ai effectuées à l’étranger ont deux objectifs. Le premier est de convaincre les investisseurs étrangers de venir investir en Algérie. Nous en avions un vif besoin, surtout en ces temps de crise. Le deuxième, c’est la recherche d’opportunités d’exportations de certains produits algériens. Ce que j’ai constaté à travers les échanges que j’ai eus avec nombre de chefs d’entreprise à l’étranger, c’est qu’ils connaissent l’environnement des affaires en Algérie et s’en méfient en raison notamment de l’instabilité juridique qui le caractérise. De plus, le problème de la bureaucratie est sans cesse souligné.

Cela veut dire que les obstacles bureaucratiques sont dressés uniquement devant les investisseurs étrangers ?
Non. Les institutions de l’Etat sont fermées. Elles n’adhèrent qu’à ce qui vient de haut. Presque jamais à ce qui vient d’en bas, de la société. Les walis, les ministres, etc., refusent de recevoir plusieurs investisseurs nationaux alors que d’autres sont souvent reçus en grande pompe. Il faut absolument mettre fin à cette discrimination entre les chefs d’entreprise. Il faut que l’intérêt du pays soit au-dessus de tout et de tous. Moi, quand je parle des entreprises algériennes à l’étranger, je ne le fais pas au profit des membres de la Cgea mais de toutes les entreprises. L’Etat doit recentrer sa politique économique sur l’entreprise sans discrimination.

Vous avez été reçue par le maire de Houston et un conseiller d’Obama. Sur quoi ont porté vos discussions ?
En fait, j’ai été honorée par ces deux responsables américains en ma qualité de chef d’entreprise et de présidente de la Cgea. Par la suite, lors des échanges, nos discussions ont porté sur les échanges entre les deux pays. Le maire de Houston m’a présenté les opportunités d’investissement dans sa région. Il s’est engagé à assurer un accompagnement et des facilités aux éventuels investisseurs algériens désireux de s’y installer. Le conseiller d’Obama m’a exprimé l’intérêt de plusieurs opérateurs économiques américains pour l’investissement dans l’agriculture en Algérie.

Vous avez signé des protocoles d’accord et partenariats avec des organisations patronales tunisienne, égyptienne, kenyane, emiratie, etc. Comment comptez-vous faire fructifier ces accords et les mettre au profit des entreprises algériennes ?
Nous avons déjà conclu des partenariats pour l’exportation de certains produits algériens vers les Emirats et l’Egypte. Sur le plan des investissements, nous avons convaincu de très grandes entreprises de venir investir en Algérie, notamment dans le tourisme. Donc, c’est désormais une question de faisabilité et c’est là que le problème du climat des affaires, de l’instabilité juridique, de la bureaucratie, etc., se posent. La règle des 51/49% par exemple pose problème non pas parce qu’elle gêne les investisseurs étrangers, puisqu’il y en a qui l’acceptent, mais parce qu’il est pratiquement impossible qu’un investisseur algérien puisse réunir les 51% qui lui sont impartis dans des projets touristiques de grande envergure dont le coût dépasse les 100 milliards de dinars. Dans pareils cas, il n’y a que l’Etat qui peut financer des projets, d’où la nécessité soit de réviser cette règle, soit de faire des dérogations au profit des investisseurs, soit d’aider les partenaires nationaux à travers l’octroi de crédit. De plus, il est important que l’investisseur étranger qui vient mettre son savoir-faire au service de l’Algérie et qui investit des centaines de millions de dollars ne soit pas bloqué par une bureaucratie absurde et étouffante. Des garanties sont absolument nécessaires.

Par Amar INGRACHEN -
Lundi 06 Juin 2016 00:00
L’EXPRESSION.
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